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Me Ariane Brunet, avocate à Kimberley, Colombie-Britannique PDF Imprimer Envoyer
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Mardi, 05 Décembre 2017 15:57
Presentation11) Pourquoi avez-vous décidé de vous tourner vers la pratique du droit en région, et hors Québec? Qu’est-ce qui vous a incitée à faire le grand saut?

J’ai grandi à Chelsea au Québec, tout près d’Ottawa, dans une belle petite communauté au centre du Parc de la Gatineau ; un lieu idéal pour les adeptes de sports. J’ai fait mes études primaires et secondaires au Québec, obtenu mon diplôme en droit civil à l’université d’Ottawa et complété le Barreau du Québec. Ensuite, j’ai décidé de m’inscrire à l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique, pour faire mes études de Common Law.

Pendant ces deux années à Victoria, je suis vraiment tombée en amour avec l’Ouest canadien, si différent du Québec et de l’Ontario, non seulement par sa géographie, mais aussi vu la façon de penser des gens qui y vivent. Lorsque j’ai gradué de l’Université de Victoria en 2014, j’ai accepté un stage à Calgary en Alberta. Pendant deux ans, j’ai travaillé dans un cabinet spécialisé en droit de la construction dans le cœur du centre-ville de Calgary. J’ai vraiment apprécié mon expérience à Calgary, mais j’ai trouvé ces deux années très difficiles. Il m’est vite devenu évident que la vie urbaine n’était pas faite pour moi. La circulation, le son, le bruit et la culture priorisant le travail avant tout ne me convenaient aucunement. Après une longue réflexion, j’ai conclu que ce mode de vie ne cadrait pas dans mes objectifs de vie.

A l’automne 2016, mon conjoint et moi avons donc décidé de quitter nos emplois respectifs à Calgary et de déménager à Kimberley, en Colombie-Britannique. Kimberley est une charmante petite ville de 7,000 habitants située dans une vallée entourée des rocheuses canadiennes. Le but de notre déménagement était de vivre dans une communauté où nous pourrions vivre un style de vie simple et actif. Nous voulions pouvoir avoir le temps et l’énergie de pratiquer nos loisirs et consacrer moins de temps à faire la navette et à travailler.

Je voulais sortir du moule où le succès est défini par un certain type de cheminement professionnel. Pour moi, la notion de succès était désormais celle de l’adoption d’un style de vie sain et équilibré, où ma qualité de vie devenait ma priorité. Ceci impliquait donc de mettre ma qualité de vie à l’avant de ma carrière. Le destin fait bien les choses. Je suis arrivée à Kimberley sans emploi, mais en moins d’une semaine j’avais trouvé un poste dans un petit cabinet d’avocats, où j’ai immédiatement senti que je m’y plairais. En moins d’un an, cette expérience m’a permis d’emmener ma carrière à un niveau auquel je ne m’attendais pas du tout et d’en tirer une très grande satisfaction.

2) Quels défis rencontrez-vous au quotidien et en quoi votre pratique est-elle du différente de votre pratique antérieure en milieu urbain?

Pratiquer comme avocate dans une petite communauté me force à toucher à des domaines du droit vers lesquels je n’aurais pas nécessairement été attirée, mais qui me plaisent énormément. Il est difficile de se spécialiser dans un seul domaine lorsqu’on pratique dans une petite communauté. Toutefois, au sein de mon cabinet d’avocats, même si nous nous assurons de couvrir une large gamme de domaines, chacun d’entre nous se spécialise dans quelques domaines spécifiques.

Mon déménagement m’a donc permis de passer d’une pratique qui était limitée au droit de la construction à une pratique variée qui touche au droit de la famille, aux successions, au droit du travail, aux litiges civils et aux transaction immobilières. Cette variété peut être un peu intimidante au début, mais j’ai rapidement commencé à en apprécier les défis et bénéfices.

3) Comment se déroule une journée typique dans votre quotidien d’avocate à Kimberley, en Colombie-Britannique?

Je suis une personne matinale et j’adore arriver au bureau tôt le matin. Ceci me permet de travailler sans interruption quelques heures avant l’arrivée de mes collègues. Mais je parviens généralement à partir tôt afin d’aller pratiquer une variété de sports (course, ski, vélo, etc.). Je dois conduire environ 20 minutes pour me rendre au travail, mais contrairement à Calgary, il y a peu de circulation et les paysages sont à couper le souffle.

Toucher à une belle diversité de domaines du droit fait en sorte que je n’ai pas encore connu une journée ennuyante dans ma pratique. Je suis très occupée et je suis appelée à plaider en cour presque toutes les semaines. L’expérience de pouvoir plaider autant est particulièrement enrichissante pour moi.

De plus, ce genre de pratique implique des contacts humains beaucoup plus fréquents et importants. Je remarque qu’ici, les gens aiment rencontrer leur avocat face à face, alors qu’à Calgary, les communications par courriels et téléphone sont beaucoup plus la norme. Cela m’a pris un peu de temps à m’habituer à cette façon de faire, mais maintenant, je trouve qu’il y a une valeur ajoutée à échanger régulièrement face à face avec mes clients et j’apprécie tous ces contacts avec eux. Une importante partie de ma journée est donc passée à les rencontrer. Malgré toutes ces rencontres, je réussis à bien gérer mon temps et je constate avec surprise que j’ai un contrôle et une flexibilité importante sur mes heures de travail. Lorsque nous avons la chance d’avoir une grosse tempête de neige (oui ici on adore la neige!), il n’est pas rare de me retrouver sur les pentes de ski un jour de semaine et d’y rencontrer plusieurs collègues.

4) Quels conseils donneriez-vous à un(e) jeune avocat(e) souhaitant opter pour une pratique moins conventionnelle, hors des grands centres?

Le conseil le plus important que j’aurais bien aimé qu’on me donne est celui de ne pas trop s’inquiéter de notre avenir, mais plutôt de suivre notre propre instinct et de considérer toutes sortes d’options afin de trouver le chemin qui nous attire le plus. En tant qu’étudiant, on reçoit une multitude de conseils et de pressions qui sont bien intentionnés, mais qui ne nous dirigeront pas nécessairement vers la voie la plus appropriée pour nous. Plusieurs se font influencer et optent pour un début de carrière dans de grands bureaux situés dans de grands centres urbains et voient cette option comme le seul moyen d’obtenir une bonne expérience et de bien se positionner pour l’avenir. Malgré le fait que cette avenue soit une option appropriée et intéressante pour certains, il est important que les jeunes avocats soient bien conscients qu’il y a d’autres possibilités toutes aussi intéressantes et motivantes leur permettant de bien débuter leur carrière. Je ne crois pas qu’il y ait un chemin meilleur qu’un autre, mais je crois qu’un avocat doit d’abord réfléchir à ses propres besoins personnels avant de décider du lieu et du type de pratique qui l’attire véritablement.

De mon côté, j’ai réalisé qu’il était essentiel pour moi de combler mon besoin de vivre dans une petite communauté où un mode de vie sain et la pratique des sports de plein air sont valorisés. Ce n’est qu’après avoir comblé ces besoins de base que j’ai réussi à apprécier et à être plus motivée à investir de l’énergie dans ma carrière.

Après un an, je suis bien établie à Kimberley, j’ai tissé des liens d’amitié avec de nombreuses personnes de mon âge qui ont pris la même décision que moi, soit prioriser leur style de vie. Je vis et je m’implique dans une belle communauté où j’y pratique mes nombreux sports. Mais le plus surprenant pour moi est le revirement total que j’ai vécu face à ma carrière. En fait, j’ai atteint un équilibre parfait ! Et la recette pour ce succès, c’est d’avoir pris le risque d’écouter mes besoins en premier, et d’opter pour une belle qualité de vie – la carrière stimulante a suivi naturellement.
 

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