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Mon expérience au sein de la fonction publique fédérale PDF Imprimer Envoyer
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Mercredi, 27 Juin 2018 06:44

ottawa 1160993 340Par Pascale Desmarais (Ottawa, Ontario)

J’ai débuté dans la fonction publique fédérale à l’âge de 20 ans et j’ai eu la chance d’y compléter mes trois stages coopératifs (1) ainsi que mon stage du Barreau du Québec. Ainsi, j’ai quitté l’Université de Sherbrooke pour Ottawa en ne sachant absolument pas à quoi m’attendre. En effet, l’accès au marché privé est beaucoup plus traditionnel pour les jeunes avocats alors que moi, j’avais envie d’explorer un monde qui est plus rarement accessible : la fonction publique fédérale.

Une fois déménagée à Gatineau, mes déplacements quotidiens se résumaient à prendre l’autobus au Québec pour en descendre une fois rendue en Ontario. Ce trajet, c’est partir d’une petite banlieue tranquille pour entrer dans une ville bouillonnante de fonctionnaires, d’immeubles illuminés et de paysages à couper le souffle. Ainsi, je débarquais devant le Parlement, cet impressionnant patrimoine canadien, pour ensuite traverser la rue Sparks avec ces petits restaurants remplis de touristes venant de partout à travers le monde, pour enfin terminer mon parcours en passant devant la tombe du Soldat inconnu où le changement de garde militaire réussit toujours, même après quatre ans, à attirer mon regard.

Ce n’est qu’une fois installée dans mon milieu de travail que j’ai pu réellement développer mon propre point de vue du travail de fonctionnaire. En effet, trop souvent les gens ont cette tendance à ne souligner que les points négatifs des actions du gouvernement et, du même coup, à attribuer cette même qualification au travail des fonctionnaires. Cependant, j’ai pu constater qu’il en était tout autrement. Que ce soit lorsque j’ai travaillé pour le Ministère des Finances, la Commission de la fonction publique ou encore l’Agence de la consommation en matière financière, mes expériences ne furent que positives.

Dans un premier temps, la langue. Au sein du gouvernement fédéral, 29.2 % des fonctionnaires seulement ont le français comme première langue (2). Cette réalité, j’y étais prête et j’en étais consciente dès le départ. Ayant vécu toute ma vie dans la seule province francophone du Canada, j’avais cependant cette appréhension de ne pas pouvoir exprimer mes idées et exposer mes connaissances aussi facilement que mes collègues. Moi, qui maîtrisais la langue française, mais qui détruisais, bien malgré moi, la langue anglaise, je souhaitais pouvoir me fondre dans la masse rapidement et découvrir cette langue primordiale du monde des affaires. À ma grande surprise, aucun soupir d’impatience, aucun commentaire négatif. Au contraire, mes collègues m’ont aidée à apprendre les termes essentiels du milieu de travail, m’ont aidée à rédiger correctement en anglais et m’ont encouragée à prendre la parole en anglais durant les réunions. Ainsi, je considère que cette attitude de leur part a fait toute la différence dans mon apprentissage. Cela m’a permis d’avoir une plus grande confiance en moi quand je m’exprime en anglais, un atout qui me sera certainement très utile tout au long de ma carrière.

Dans un deuxième temps, le client. Au sein de la fonction publique, certains avocats travaillent pour le Ministère de la Justice au « quartier général » alors que d’autres travaillent dans les unités juridiques dispersées à travers les différents ministères. Pour ma part, mon expérience a été dans cette seconde situation. Ainsi, lorsque je traitais avec « le client », il ne s’agissait pas d’une entreprise ou même d’un individu, mais plutôt de mon ministère. Mon équipe et moi avions donc pour mandat, entre autres, d’offrir des conseils juridiques sur les différentes décisions qui sont prises au sein du ministère, de participer à la rédaction de lois, de règlements et d’ententes fédérales-provinciales ainsi que de participer à l’élaboration du budget annuel du gouvernement fédéral. Ainsi, j’ai ressenti une grande fierté à prendre part à ce travail d’équipe de grande envergure dont le résultat bénéficie à un grand nombre de Canadiens.

Dans un troisième temps, l’intensité du travail. Il ne m’a fallu que très peu de temps pour comprendre l’ampleur du travail accompli au sein de mes différents milieux de stage. Le budget, période typique et marquante au sein du ministère des Finances, illustre clairement mon propos. Les lumières des bureaux qui restent allumées plus tard qu’à l’habitude, les bruits de pas pressés dans les corridors, les montagnes de livres de doctrine et de lois empilées sur les bureaux de chacun ainsi que les longues heures passées dans les salles de rédaction où tous les rédacteurs s’affairent à créer le texte du budget, sont quelques-unes des caractéristiques de la période du budget auxquelles j’ai eu la chance de participer. D’autre part, mon expérience au sein de l’Agence de la consommation en matière financière m’a aussi permis de participer à un intense effort de groupe pour assister la commissaire dans son processus décisionnel. J’ai vu tout le mécanisme d’enquête, d’analyse et de rédaction de décisions être accompli dans de brefs délais et cela, dans l’unique but de protéger les consommateurs face aux inconduites d’entités fédérales telles que les banques. Cela m’a ainsi permis de voir rapidement l’impact concret du travail accompli.

Enfin, l’équilibre de vie. Lorsque j’étais étudiante, je m’étais fait à l’idée que de devenir une avocate de renom impliquait nécessairement de devoir consacrer l’entièreté de mon temps à ma carrière. Pourtant, après avoir côtoyé plusieurs femmes inspirantes occupant des postes de direction au sein du gouvernement, j’ai pris conscience que ce n’était pas entièrement le cas. Elles travaillaient certainement plus que la moyenne, mais arrivaient tout de même à maintenir une vie de famille épanouie. Ces femmes, avec qui j’ai eu la chance de travailler, resteront toujours pour moi des modèles d’équilibre entre la performance au travail et la vie personnelle.

En conclusion, ces stages m’ont permis de découvrir un milieu de travail stimulant, de travailler avec une équipe dynamique et surtout de pouvoir partager avec tous un aperçu réel du travail de fonctionnaire. C’est donc la tête pleine de bons souvenirs que je quitte désormais Ottawa, le lieu où j’ai fait mes premiers pas, pour me diriger vers la maîtrise en fiscalité, une passion que mes collègues m’ont partagée.



(1) Programme universitaire où trois stages en milieu de travail sont intégrés entre les sessions d’étude.
(2) https://www.canada.ca/fr/secretariat-conseil-tresor/services/innovation/statistiques-ressources-humaines/apercu-demographique-fonction-publique-federale-2017.html.
 

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