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Zimbabwe: la justice pour éviter une répétition de la violence politique PDF Imprimer Envoyer
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Me Marie-Pierre Olivier (Londres, Royaume-Uni)

Gouverner un pays en partageant le pouvoir avec son principal opposant politique : est-ce possible ? C’est la question à laquelle tentent de répondre Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai, respectivement président et premier ministre du Zimbabwe, depuis près de trois ans.

Petit retour historique

Le Zimbabwe a connu une crise sans précédent au moment des élections présidentielles de 2008, lesquelles ont été marquées par la violence commise par les membres du parti de Robert Mugabe, le Zimbabwe African National Union – Patriotic Front (ZANU-PF), au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1980. Les supporteurs du parti d’opposition de Morgan Tsvangirai, le Movement for Democratic Change (MDC) ont été arrêtés, emprisonnés, et torturés. Un rapport de l’International Crisis Group, daté avril 2011, indique que plus de 15 000 violations graves de droits la personne auraient été commises, incluant 300 meurtres à caractère politique. Morgan Tsvangirai a lui-même été arrêté et maltraité par les policiers lors de son séjour en prison. La violence envers les supporteurs du MDC atteignit un tel niveau au moment du deuxième tour des élections en juin 2008 que Morgan Tsvangirai choisit de se retirer cinq jours avant le scrutin, laissant ainsi Robert Mugabe réclamer la victoire et demeurer président du Zimbabwe. Devant la condamnation unanime de la communauté internationale, la Communauté de développement d’Afrique australe a incité le MDC et ZANU- PF à reprendre le dialogue. Les négociations ont mené à la signature d’un accord connu sous le nom de Global Political Agreement en septembre 2008. Le but principal de cet accord est de créer un « gouvernement inclusif » au sein duquel Robert Mugabe demeure président et Morgan Tsvangirai occupe les fonctions de premier ministre. Le gouvernement fut officiellement formé en février 2009.

Le bilan

Trois ans après la signature du Global Political Agreement, la situation économique du pays a connu une nette amélioration, particulièrement depuis l’abandon du dollar zimbabwéen. Toutefois, certains problèmes persistent. Le gouvernement inclusif doit, en plus de rétablir l’économie, adopter une nouvelle constitution et paver la voie à des élections libres et démocratiques. Le défi en est un de taille et la situation se complexifie avec le temps, d’autant plus que les ministres des camps rivaux doivent travailler ensemble sur une base quotidienne, et que M. Mugabe continue de se comporter comme si le pouvoir lui appartenait à lui tout seul. Tout cela se déroule dans un climat politique tendu, où chaque appel par ZANU-PF à des élections dans un avenir rapproché engendre une recrudescence de la violence envers les militants du MDC.

Les violations des droits de la personne

L’un des problèmes auxquels fait face le Zimbabwe est le manque de mécanismes crédibles pour traiter les violations qui ont eu lieu au moment des élections de 2008. Comment enclencher des poursuites dans un contexte où les dirigeants de l’armée et de la police sont de fidèles membres de ZANU- PF et où le Procureur général a été plus d’une fois critiqué par son manque d’objectivité? Certes, le Procureur général affirme examiner les dossiers et porter des accusations sans discrimination. Cependant, il n’en demeure pas moins que les cas où les supporteurs du ZANU-PF se sont retrouvés face à la justice pour des actes de violence politique sont peu nombreux, surtout lorsqu’on compare le nombre de membres du MDC qui ont été arrêtés sur la base d’accusations non fondées. Depuis la mise en place du Global Political Agreement, lequel précise d’ailleurs que les auteurs de violence à caractère politique doivent être traduits en justice, le gouvernement du Zimbabwe a créé une Commission des droits de la personne et un mécanisme appelé Healing Organ pour enclencher le processus de réconciliation. Les résultats concrets de telles initiatives demeurent timides. Selon le projet de loi délimitant les pouvoirs de la Commission, celle-ci ne peut enquêter que sur des événements qui se sont produits après le 13 février 2009, excluant ainsi de sa compétence tout acte commis pendant les élections de 2008. Quant au Healing Organ, ses progrès demeurent minimes et son mandat ne comprend toujours pas de poursuites en justice. L’un des arguments pour expliquer la difficulté du gouvernement actuel à obtenir justice pour les victimes est la question de la hiérarchisation des violations des droits de la personne. En effet, les élections de 2008 ne constituent pas le seul épisode sanglant de l’histoire du Zimbabwe. Le régime colonial au Zimbabwe a donné lieu à nombre de crimes envers la population qui sont demeurés impunis. Tous ne sont pas d’accord pour donner aux violences de 2008 un traitement spécial.

Paix ou justice

Le premier ministre Tsvangirai, coincé dans une situation où il doit faire avancer cette étrange machine qu’est le gouvernement inclusif, affirme que la réconciliation est la seule solution. Le dilemme entre la paix et la justice n’est pas exclusif au Zimbabwe, mais dans un contexte déjà fragile, la tension ne peut que s’exacerber lorsque les souffrances des victimes demeurent ignorées et que les auteurs des violences conservent leurs privilèges et leur liberté. La date des prochaines élections n’est pas encore arrêtée, mais il est essentiel que les Zimbabwéens parviennent à une solution qui permette aux victimes d’avoir le sentiment que justice a été faite.

* Les opinions exprimées dans cet article revêtent un caractère exclusivement personnel. Pour plus de renseignements sur la situation au Zimbabwe, voir les récents rapports du International Crisis Group (www.crisis group.org), de Human Rights Watch (www.hrw.org) et du International Bar Association’s Human Rights Institute (http://www.ibanet.org/IBAHRI.aspx)

 

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