Bannière
AHQ Nouvelles-News RSS
Profil: Me Christine Benoît au Pérou PDF Imprimer Envoyer
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 

1. Pourquoi travailler à l’international ?

Depuis mon enfance, j’ai toujours eu des amis provenant d’autres cultures. Le fait de côtoyer des personnes ayant parfois une conception différente des choses de la vie m’a toujours fascinée. Ma sensibilité pour les situations discriminatoires et mon empathie pour autrui ont définitivement marqué mon parcours professionnel.

2. Parlez-nous du début de votre carrière.

Ma carrière comme avocate a débuté au contentieux des Centres Jeunesse de Montréal où je représentais, devant la Cour du Québec, le Directeur de la Protection de la Jeunesse. Le développement ou la sécurité d’enfants provenant d’autres milieux culturels étaient souvent en cause dans mes dossiers. Il m’était parfois difficile de bien cerner tous les enjeux en raison des différences culturelles. J’ai donc décidé de vivre une expérience á l’étranger afin de pouvoir être confrontée à ces différences, à mon tour.

3. Comment êtes-vous passée du Québec à l’étranger ? Pouvez-vous décrire votre parcours ?

J’ai tout d’abord quitté le Québec avec un contrat de deux ans comme coopérante volontaire de l’organisation CUSO (devenue depuis CUSO-VSO). Je vis depuis 12 ans à Lima, au Pérou. J’ai travaillé les premières années au sein d’une ONG spécialisée dans le droit du travail, avec des hommes et femmes syndicalistes et des employés d’entreprises multinationales. J’ai par la suite intégré l’équipe d’accès à la justice d’une des plus prestigieuses ONG péruviennes. Au cours des années, j’ai pu y développer une expérience très solide concernant l’accès à la justice des femmes autochtones victimes de violence. L’intervention de Defensorías Comunitarias, que j’ai eu le privilège de diriger, a récemment fait l’objet de reconnaissance internationale pour son approche innovatrice au développement. Je suis maintenant avec Oxfam Québec en tant qu’agente de liaison, toujours à Lima. 

4. Comment décrivez-vous votre travail et quelles sont les qualités et les habiletés pratiques requises pour s’y tailler une place ?

Une grande partie de mon travail concerne le développement de capacités afin que les situations que vivent les femmes autochtones soient mieux comprises et que les solutions apportées à leurs problèmes soient plus respectueuses, non seulement de leurs droits mais aussi de ce qu’elles souhaitent pour elles-mêmes. Il est dès lors très important d’avoir une capacité d’analyse des situations interculturelles, de même que des enjeux liés au genre.

La plupart des acteurs avec lesquels j’ai travaillé ces dernières années ont été les « défendeurs » communautaires (personnes bénévoles désignées par leurs communautés pour être formées en droit de la personne, droit des femmes et droit des enfants), les leaders autochtones et les différents acteurs du système de justice. J’ai aussi travaillé avec les élus locaux afin que des politiques publiques plus respectueuses des femmes autochtones soient mises en place au niveau national. Ce genre d’intervention constitue un grand défi dans la pratique parce que cela implique qu’un procureur de la couronne ou un juge accepte de s’asseoir avec les leaders autochtones qui administrent la justice communale sur leur territoire, afin de solutionner une situation de violence envers les femmes. Leurs propres conceptions de la justice et la fonction des sanctions proposées dépendent souvent de leurs systèmes de valeurs.

Après plusieurs années d’expérience, je n’ai aucun doute qu’une des qualités les plus importantes pour réussir à l’étranger est l’ouverture d’esprit, le respect et la tolérance, ainsi que la capacité d’adaptation face aux imprévus.

5. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes avocats québécois désirant travailler au sein des ONG et dans le monde hispanophone ?

La principale caractéristique des expatriés que j’ai connus au Pérou est leur degré de connaissance de l’espagnol et leur compréhension des codes culturels locaux. Mon premier constat est que les expatriés qui ne manient pas suffisamment bien la langue du pays ont moins de chances d’avoir un séjour satisfaisant du point de vue professionnel. En ce qui concerne la compréhension des codes culturels, cela exige évidemment énormément de temps et requiert beaucoup d’observation et d’échanges. Finalement, il m’apparaît fondamental d’avoir un intérêt marqué pour les enjeux du développement et être capable de comprendre les enjeux politiques et sociaux que représente le travail au sein d’une ONG.

6. Pouvez-vous nous parler d’une expérience qui vous a marquée ?

Le moment où j’ai été reconnue et acceptée par les populations autochtones auprès desquelles je travaille. Dans bien des cas, j’étais la première étrangère à aller dans leurs communautés. Il y avait donc beaucoup de méfiance au début. En rétrospective, je me sens très privilégiée d’avoir eu la chance de développer des relations de confiance avec des femmes autochtones et de vivre dans un contexte permanent d’inter-culturalité. Depuis que je vis au Pérou, je suis une personne beaucoup plus tolérante, beaucoup plus ouverte, et c’est en grande partie grâce à tout ce que j’ai pu apprendre de ces femmes. Je ne suis pas toujours en accord avec elles, ni elles avec moi, mais les réalités des femmes de tous les horizons ont souvent tant de points en commun!

 

Retour
Copyright © 2017. Tout droits réservés - All Rights Reserved - Association des Avocats Hors Québec (AHQ)